“FAIRE DU GIALLO, CA NE VEUT PAS DIRE FAIRE N’IMPORTE QUOI AVEC PLEIN DE COULEURS ET LE SON A FOND” (moi)
J’étais pas encore allé à l’Absurde Séance pour la simple et bonne raison que ceux qui me rebattaient les oreilles avec cet auto-proclamé “évenement hebdo de la culture horrifique française” appartenaient à la caste la plus boueuse des bisseux parisiens. Comprenez crétins, tendancieux, parlant sans savoir et huant un film pour peu qu’il n’y ait pas de zombie dedans. Ils puent en plus.
Ceci dit, le web entier, y compris le très respectable site Twitch s’astiquant depuis des mois sur le film “Amer” d’Hélène Cattet et Bruno Forsani, je me devais de faire acte de présence, écrire un sujet, tout ça.

Mon complexe de supériorité péta également over 9000 lorsque j’appris que le film se fit huer à Gerardmer. Chichichic, un film intellectuel, je vais pouvoir en parler avec des grands mots que personne ne comprendra et encore moins la caste bisseuse susnomée. La soirée démarre gentiment. Bière à l’oeil, ça papote, la populace est quand même UBER-bobo, on fera avec, au moins il fermeront leurs gueules pendant le film.
Et lorsque l’équipe du cinéma commence à expliquer pendant trois plombes aux badauds médusés ce qu’est le giallo, le niveau du “rendez vous des connaisseurs de genre” me fait doucement pouffer.
Non sérieusement, Argento? Bava? Fulci? Quelqu’un? Non? Ok.
Les réals déblatèrent sur leurs intentions de ressuciter un genre, je commence gentiment à m’en foutre et ne me trouve sorti de ma torpeur qu’au moment ou les actrices sont invitées à placer quelques mots…
PUTAIN LE FOU RIRE. Les donzelles, ne s’en trouvant pas moins girondes, enchaînent les gloussements et les répliques du style
-Ah oui travailler sur un film c’est très très dur
-On se levait le matin et on prenait le petit dèj avant de tourner
-Je pense que le film va plaire aux gens
Je garantis pas l’exactitude des citations mais vous voyez le tableau. Il est donc fucking 1H du matin quand le film commence, c’est fucking pas dommage, et je fucking m’endors un peu quand même.

Ce plan dure 2 minutes. Je vous mens pas
Le truc s’entame dans une maison, sombre, plein de couleur partout lorsqu’une gamine vagabonde et voit pleins de trucs macabres. Le son est tourné à pleins tubes, chaque élément du film est amplifié à t’en faire péter un tympan, c’est à la limite de l’intolérable, mais ne désserrez pas des fesses, c’est comme ça pendant 1h30.
Déja cette impression désagréable me prend à la gorge à en déglutir toutes les 5 secondes : ce sentiment que le film est fait pour que tu n’y comprennes rien et à plus forte raison que tu te sentes totalement con à la sortie de la séance pour ensuite t’empresser d’aller lui coller une bonne note sur Imdb et raconter partout que c’est un chef-d’oeuvre arty pour éviter de passer pour un abruti congénital. C’est pénible, prétentieux et on est pas encore à 15 minutes du film. Ca va être long.
Tout le bordel est muet et en gros plans. Action-shots sur les bouches, les yeux, les pieds, les mains, une vraie pub Neutrogena. S’en suit 5 minutes de tension sexuelle hallucinante entre une… nana (on ne sait jamais qui est qui) et un vieux rocker sur le tard qui enfile ses gants de motard pendant 5 minutes. Bruit du cuir à pleins tubes, goutte de sueur qui dégouline, soleil qui tape, dans 30 secondes, il la prend sur le capot de sa bagnole. Raté. C’est un taxi. 5 minutes qu’ils se font l’amour avec les yeux et c’est un taxi. Le facepalm-o-mètre s’emballe et je crois même avoir gueulé un gros “QUOI?”

Sans transition, sans explication, bref sans AUCUNE ligne narrative ou diégétique, on arrive dans une maison qui semble être à flanc des calanques de Marseille, dans laquelle notre héroïne va regarder par des trous de serrure, passer la main sous du papier peint et regarder par la fenêtre pendant 20 minutes. Partir du ciné en courant commence à relever de l’instinct de survie. Plus tard, un meurtre me tire de mon sommeil, la scène entière est pompée sur Profondo Rosso.
Fondu au noir, je prie un peu, générique, merci mon Dieu.
Vous n’avez rien compris à cette review, il n’y a rien à comprendre. Amer est un foutage de gueule démesuré, torché par un couple qui pense que le giallo c’est juste mettre plein de couleurs et du son à fond et miser toute l’intégrité de son film sur l’évocation et le sous-texte : les fameux éléments qui font que si tu n’as rien compris, ta mère est probablement ta soeur et tu n’as rien à foutre dans une séance respectable d’ââââârt et essai.
Evitez d’être pris pour des cons, fuyez Amer à sa sortie